Chap12
Tom : je pourrais te faire faire la même chose ...
Il avait souffler sa phrase dans son oreille. La jeune fille réprima un tremblement. Elle empêcha les souvenirs de remonter. Elle voulait savourer ça ... Premier frisson ... D'amour ? Comment on sait si on est amoureux ou pas ? La jeune fille ne voulait pas répondre, pas tout de suite en tout cas ...
Sana : on en reparle tout à l'heure ... s'il te plaît, j'ai un cours à donner ...
Il admira le professionnalisme dont elle faisait preuve, encadrant, maternant même, ses cavaliers. Incroyable.Cette fille le dépassait de tellement ... Il serait bien incapable de faire pareil ... Il émanait quelque chose dans sa voix, quelque chose qu'il n'avait entendu nul part ... Elle était à fond dans son truc et n'en sortait pas. Il avait disparu à ses yeux, elle ne voyait plus que les chevaux et leurs cavaliers. Sur le moment, il serait incapable de dire lesquels souffraient le plus ... ça avait l'air vachement facile en parlant ... Mais là ... les voir le faire sous son nez ... WOW ... incroyable ... Et puis ses yeux ... Elle avait de nouveau ses yeux ailleurs, elle était vraiment la plus belle ... Elle dégageait une aura de puissance incroyable. Il en avait la certitude maintenant. Il pouvait enfin dire qu'il savait ce qu'était l'amour. C'était ses yeux. Ses yeux à elle. Il la regarda donner son cours. Tous les cavaliers en sortir avec des courbatures et en sueur.
Sana : tu ne vas pas mater ?
Tom : non ...
Sana : Tom ...
Il ne prit pas la peine de répondre, encore sous le choc de sa révélation intérieure. Il avait presque envie de pleurer. Oui, presque ... Il ne se le permettrait surement pas sous le nez de Sana, non, il avait quand même un minimum de fierté ... Il se sentait faible, con, dépendant ... amoureux quoi ... et il n'aimait pas, mais alors vraiment pas du tout cette situation ... Il voulait partir, partir loin de son sourire, loin de ses yeux, loin d'elle. Mais il ne pouvait pas. Son corps ne réagissait pas, ne lui répondait plus. Il prit soudain peur. Il observa la jeune fille visiblement inquiète qui se tenait devant lui. Il était en pleine chute libre intérieure. Tout ce qui avait fait sa vie jusqu'à présent voilait en éclat, balayé par le sourire d'une quasi inconnue.
Sana : Tom, ça va pas ? Réponds moi, tu me fais peur là ...
Tom : va-t-en ....
Sana : Tom ?
Tom : va-t-en je te dis !!! je veux plus te voir !!!
La jeune fille sourit tristement. Puis, elle prit son air le plus hautain, son seul masque contre les larmes, et fusilla Tom du regard. Le guitariste cilla, mais ne baissa pas les yeux pour autant.
Sana : je sais pas ce que je t'ai fais, mais je suis loin d'apprécier ce genre de comportement envers moi ... fort bien, rentre sans moi, je reste ici, moi non plus je veux plus te voir.
Elle partit sans se retourner, s'enfonçant sous l'ombre bienfaisante de la forêt dense.
Solange : Tom ? qu'est-ce qu'il se passe ? Où va Sana ?
Tom : je sais pas et je m'en fous ... je me casse ...
Tom partit à son tour, plantant la cavalière sur place. Sous le regard plus que ravi de Quentin. Solange soupira. Il ne voulait plus penser à Sana. Ne plus la revoir était ce qu'il avait de mieux à faire, aussi bien pour elle que pour lui ... bon d'accord beaucoup plus pour lui ... mais bon chut, faut pas le dire. En arrivant à la voiture, Saki croisa son regard vide.
Saki : Tom ? ça va ? où est Sana ?
Tom : on s'en va ... elle veut rester seule ...
Saki : o0 ... euh ... ben ok ...
Ils montèrent en voiture et rentrèrent à l'hôtel. Le chemin du retour se fit dans un silence morbide. Tom s'était enfermé dans son mutisme. Saki en venait presque à avoir peur de lui. C'était bien la première fois. Il préférait ne pas briser ce silence. Il savait que de toute manière Tom ne lui répondrait pas. Alors, il gardait ce silence qui lui pesait tellement. Et Tom n'avait visiblement pas l'intention de le briser lui non plus. Alors le silence perdura pendant tout le trajet du retour.
Sana marchait droit devant elle les yeux embués. Elle semblait déterminée à se rendre dans un endroit bien précis qu'elle était bien incapable de nommer. Elle ne savait même pas pourquoi elle pleurait. Elle ne le connaissait pas en plus. Depuis quelques jours à peine. Elle avait du mal à y croire. Cela faisait si peu ... et pourtant, si loin ... Un hennissement l'accueillit alors qu'elle entrait dans une clairière.
Le cheval vint souffler sur ses épaules, quand la jeune jeune croisa son regard, elle frissonna. Exactement les mêmes yeux tristesses qu'elle ... Elle souffla de lassitude.
Sana : tu vois c'est pour ça que je préfère les chevaux aux hommes ...
Le cheval souffla au creux de son épaule. Elle flatta l'encolure d'ébène en souriant au travers de ses larmes.
Sana : les hommes sont tellement illogiques, ils sont prétentieux, arrogants, et sans pitié ... tu m'as manqué tu sais Lune ... tu m'as tellement manqué ...
La jeune fille enfouit son visage sous la longue crinière de jet. Elle respira profondément l'odeur de son cheval.
Sana : j'aimerais tellement, Lune ... rien qu'une fois ... une fois encore ...
C'était complètement insensé. Remonté à cheval alors qu'elle avait toujours son plâtre. C'était de la folie furieuse. Du n'importe quoi. ça ne rimait à rien. Et pourtant, la voilà qui prend son élan et saute sur le dos de l'étalon noir. Un sourire satisfait s'installa sur ses lèvres. Elle se pencha en avant et se coucha sur l'encolure du cheval immobile.
Sana : je t'aime Lune ...
Un simple murmure au creux d'une oreille attentive.
Tom entra dans le hall de l'hôtel. Une voix l'agressa dès ses premiers pas à l'intérieur.
Voix : TOM !!! OU EST SANA ???
Tom : ...
Voix 2 : TOM !!! houhou ... ehoh ... allons Planète Tom, ici le centre terrestre Bill, je voudrais parler au capitaine du vaisseau spatial en perdition ...
Des gens éclatèrent de rire.
Tom : ...
voix 3 : là, il va vraiment pas bien ...
voix 2 : je l'ai jamais vu comme ça ... ah si en fait si ... une fois ... quand il a eut sa première guitare ...
Tom cilla. On avait dit le mot magique. Ses yeux retrouvèrent un aspect relativement normal. Ils étaient un peu plus vivant qu'au paravent, mais toujours aussi terne et inexpressif.
voix 1 : oulà ... là ça devient vraiment grave ...
voix 4 : Tom, où est Sana ?
Cette fois ses yeux reprirent leur éclat habituel, pour le reperdre quasiment en même temps.
Tom : au centre équestre, c'est elle qui a insisté pour y aller ...
Sans que personne n'ait pu réagir, il avait disparu dans les escaliers.
Catherine : au centre équestre, et il a osé revenir sans elle ?
Emilie : elle l'a planté ...
Gustav : ou lui ...
Emilie : il lui arrive souvent de disparaître plusieurs jours de suite avec ses chevaux ...
Catherine : sauf que cette fois, elle a un plâtre ...
Emilie : enfin, elle n'est pas assez folle pour faire ça avec un plâtre ...
La jolie brune tentait tant bien que mal de relativiser l'évènement, mais c'était peine perdu.
Catherine : je vais la chercher ...
Emilie : inutile, si elle ne veux voir personne, personne ne la verra ...
Bill : bon ben ... euh ... je propose que j'aille parler à Tom, Catherine et Georg, vous avez qu'à aller la chercher, mais bon j'y crois pas trop non plus, je suis assez d'accord avec Emilie, même si je la connais pas tant que ça en fait ... Emilie, Gus', allez vous couchez, vous êtes crevés ...
Ils hochèrent la tête, tous étaient fatigués. Mais ils firent ainsi.
Bill : Emilie ... on verra demain pour tu sais quoi ...
La jolie brune rougit.
Emilie : je suis pas sûre que ce soit une bonne idée ...
Bill : tu as un don ... et on en a déjà parler ...
Gustav lâcha la conversation à ce moment, visiblement ça ne le concernait pas ...
Gus' : bonne nuit ...
Emilie & Bill : bonne nuit Gustav ...
Le jeune blond s'enferma dans sa chambre se demandant où il avait raté un épisode. Bill laissa la jolie brune sur le pas de sa porte.
Bill : flanche pas maintenant, tu vas tous les bluffer !!!
Il déposa un léger baiser sur son front et lui souffla un "bonne nuit" plein de tendresse. Emilie ne rentra dans la chambre que quand la silhouette du chanteur disparue dans la pénombre du couloir. Elle soupira et se changea. Sa dernière pensée avant de tomber dans les bras de Morphée fut pour Sana.
Emilie : fait pas de connerie pucinette ...
Tom tait étendu, le corps en étoile sur le grand lit deux place. Il ne dormait pas, il avait les yeux ouverts. Il était juste particulièrement profondément perdu dans ses pensées. Bill sourit. Il n'avait jamais vu son frère dans cet état.
Bill : ses chevaux galopent dans ton regard ... sa voix siffle dans tes oreilles ... son corps danse dans tes yeux ... Tom, grand frère, tu es amoureux ...
Tom : s'il te plaît Bill ... si c'est pour me sortir des inepties pareilles, tais toi ...
Bill : moi je dis ça ... je dis rien ... tu fais comme tu veux ... je remarque seulement que tu n'as pas mangé depuis ce matin, que tu couves cette fille limite plus que moi, que tu es dans les nuages et que le seul moyen de te faire descendre c'est de parler d'elle, que tu n'as pas touché à ta guitare depuis qu'on est arrivé alors que d'habitude, tu passes tes soirées dessus ...
Tom : ...
Bill : elle n'est pas rentrée ... Georg et Catherine sont partis la chercher, mais je doute qu'ils la trouvent ... si vous êtes aussi têtu l'un que l'autre, ce qui me semble être le cas, on va avoir du pain sur la planche ...
Tom : tu parles comme Emilie ...
Bill : ... hihi ... euh ...
Tom éclata de rire. C'était Bill tout craché ça. Toujours à s'occuper des autres, et jamais de lui ... enfin presque ... Bill sourit, il avait réussi à faire rire son frère. Phase 1 du plan, terminée, passons à la deuxième phase. Silence. Bill était assis par terre au pied du lit de Tom, lui tournant ostensiblement le dos. Il sentit Tom se lever et s'accouder au dessus de lui.
Tom : elle est vraiment pas rentrée ?
Bill : non.
Tom : le Hobbit et Catherine sont vraiment aller la chercher ?
Bill : oui.
Tom : hum ... elle va revenir ...
Bill : comme toutes les autres qui ne sont jamais rentrées ?
Tom : Bill ... s'teuh plaît pas maintenant ...
Bill : si maintenant ... elle t'as pas le droit, elle est intouchable ...
Tom : je te le fais pas dire ...
Bill (sourit) : comment ça ?
Tom (l'ébouriffant): cherche pas t'es trop jeune ...
Bill (s'échappant) : :P fuck, j'ai raison de toute façon !!!
Tom : si tu le dis ...
Bill : :D j'ai raison ...
Tom : tu dors ici ?
Bill : ok ...
Tom : NON !!! Tu ronfle et en plus tu prends toute la place !!!
Bill : c'est toi qui m'a proposé !!!
Tom : nan mais tu prends tes rêves pour des réalités !!! je voulais juste savoir si t'avais fini ton sermon ...
Bill : ben non alors, je resterais tant que t'aura pas admis que t'es amoureux de cette fille ...
Tom : cours toujours !!!
Bill (s'installant) : il est confortable ton lit ...
Tom : Bill ... DEGAGE !!!
Bill (ronfle) : ZzZzZzzzzzz
Tom : oh putain le con !!! attends que je te réveille moi tu vas voir ...
Bill : tu bouges j't'éclate !!!
Tom : ah ben tu dors pas ...
Bill (ronfle) : ZzZzZzzzzzz
Tom : déprimant ... c'est pas mon frère c'est pas possible ...
A son tour, Tom s'allongea à côté de son frère. Bill sourit, ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas dormis ensemble. Il noua ses bras autour de la taille de son frère qui frissonna. Bill posa doucement ses lèvres sur le creux de l'épaule de Tom, le faisant frémir.
Bill (pense) : toujours aussi sensible ... (à voix haute) t'es amoureux, j'ai toujours raison ...
Tom : non ...
Bill : si ...
Tom : non
Bill : si
Tom : non je te dis ...
Bill : si tu le dis ...
Le silence retomba dans la chambre. Il s'éternisa jusque tard dans la nuit.
Tom : d'accord, t'as raison, p'tit frère ... je suis amoureux ...
Bill sourit de toute ses dents, il avait gagné. Restait plus qu'à les mettre ensemble, et ça, c'était pas le plus facile ... Il s'endormit définitivement dans les bras de son frère qui resserra son étreinte autour de lui. Tom aussi finit par trouver le sommeil.
Beaucoup plus loin, dans les montagnes, une jeune fille était étendue au sol. Sa tête reposait sur le corps du cheval noir, lui aussi couché. Elle souriait aux étoiles. Heureuse ? non ... quand même pas ... elle se sentait faible et son bras lui faisait mal. Mais pour rien au monde elle ne l'avouerait. Elle flatta l'encolure du cheval qui renacla. Puis elle ferma les yeux et s'endormit bercé par les bruits nocturne de la forêt.
Dans une voiture, sur une route déserte, Georg et Catherine roulait à bonne allure. La jeune femme se triturait nerveusement les doigts. Georg posa sa main droite sur les mains liées de Catherine.
Georg : on va la retrouver, t'inquiète pas ...
Catherine : ... j'en sais rien ... Emilie a raison, elle peut disparaître pendant plusieurs jours sans prévenir ... ça lui arrive souvent ...
Georg : t'inquiète pas ... elle a pas pu partir bien loin de toute façon ...
Catherine : tu ne la connais pas ... quand elle a décidé de ne voir personne, personne ne la voie ...
Georg : ... tu as raison ... parle moi d'elle ... depuis qu'on est là, on ne parle que d'elle et de son passé, mais on n'en sait toujours pas plus que quand on est arrivé ...
Catherine : il y a longtemps, nos parents se sont disputés violemment ... je ne l'ai pas revue pendant un sacré bout de temps. Mais sa mère et ma mère avaient gardé contact, secrètement, du coup j'étais au courant quand même ... il y a quelques années, son père est mort. Alcool. Et sa mère s'est remariée avec Victor. Quentin et elle sortaient déjà ensemble, mais comme ils n'avaient d'autres liens que celui du mariage de leur parents, ils se foutaient de l'avis des autres ... et Sana, un soir, en boîte est rentrée plus tôt que les autres, la fatigue sûrement ... elle s'est fait violer dans une ruelle toute proche de la boîte, on a jamais retrouvé qui c'était, et quelques jours plus tard, Quentin la quittait, et elle partait pour ici avec Eliza, une amie à sa mère ...
Georg : quand est-ce que tu l'as revue ?
Catherine : le soir où on l'a admise aux urgences, je faisais un stage et j'étais de garde ...
La jeune femme frémit au souvenir de sa cousine couchée sur le brancard ensanglanté. Elle se rendit soudain compte que la voiture s'était arrêtée et que le bassiste la fixait étrangement. Elle se noya dans son regard bleu vert. Cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas regardé ainsi, et qu'elle n'avait pas détaillé le regard d'un garçon s'y longtemps. La plupart du temps, elle se contentait de croiser un regard sans s'y arrêter de peur de recommencer la même erreur, mais là c'était plus fort qu'elle. Ce regard paisible et calme avait quelque chose de mystérieux, elle n'arrivait pas à lire ce qu'il lui racontait, et ça, c'était la première fois. Non ... en fait, la deuxième ... mais vu comment la première avait fini ...
Georg s'attarda sur son regard voilé. Etrange, d'habitude, ça ne l'intéressait pas plus que ça ... Il la vit soudain fondre en larme. Il la prit délicatement dans ses bras et la serra contre son torse. Il caressait ses chevaux légèrement bouclés, murmurant des paroles apaisantes. La jeune femme ne se calma que bien plus tard. La nuit était complètement tombée, et il régnait une pénombre à découper au couteau.
Georg : il n'y a pas que Sana, non ... parle moi de toi ...
Catherine (tout petit sourire) : non ... il n'y a pas qu'elle ... mon ... mon ex viens de mourir du SIDA ...